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L'association Mémoire traumatique et victimologie révèle les résultats d'une enquête réalisée avec l'institut IPSOS

 

Alors que viennent d’être rendus publics les résultats de l’enquête "Les Français et les représentations sur le viol et les violences sexuelles", conduite par IPSOS pour l’association Mémoire Traumatique et Victimologie, force est de constater qu’une majorité de Français affichent une forte méconnaissance des statistiques des viols : 65% d’entre eux estiment qu’il y aurait moins de 50.000 viols chaque année en France, et 47% qu’un quart des victimes de viol portent plainte.

Or, la moyenne observée sur les cinq dernières années fait état de 98.000 viols ou tentatives de viol par an. Et encore, ces statistiques sont très loin de refléter la réalité du nombre de viols en France puisqu’ils ne concernent que les 18-75 ans en ménage ordinaire résidant en France métropolitaine — en y ajoutant les mineur-e-s, que l’on estime à 154.000 victimes, on arrive au chiffre de 252.000 victimes chaque année.

Par ailleurs seules 10% des victimes portent plainte après un viol.

Pourquoi la majorité des victimes de viol ne portent pas plainte ?

En raison du déni ambiant à l’égard des violences sexuelles et des sentiments de honte et de culpabilité qui peuvent en découler chez les victimes. Il a ainsi été démontré que les victimes de violences sexuelles sont moins enclines à porter plainte que les victimes de n’importe quel autre crime ou délit.

À cela s’ajoute le fait que dans 90% des cas la victime connaît son agresseur, il s’agit même d’un membre du ménage dans plus de la moitié des cas (54%), et du conjoint vivant avec la victime au moment des faits dans 38% des cas.

Il est plus aisé de porter plainte contre un inconnu que contre un membre de sa famille ou un conjoint,or les viols et tentatives de viol commis par des inconnus ne représentent que 14% des cas de figure.

Par ailleurs, les victimes de viols conjugaux n’ont pas toujours accès à des informations suffisantes pour savoir que depuis 2010, tout rapport sexuel imposé est un viol, "quelle que soit la nature des relations existant entre l'agresseur et sa victime, y compris s'ils sont unis par les liens du mariage". Ainsi, ce sont pas moins de 17% des Français qui considèrent que forcer sa compagne à avoir un rapport sexuel n’est pas un viol.

La culture du viol, ou quand la victime devient "coupable"

Derrière le silence des victimes, ce qui se dissimule, c’est cette grande manufacture du déni qu’est la culture du viol. Nous vivons dans une société où la victime devient trop souvent la coupable aux yeux de l’opinion publique.

Le concept de culture du viol définit un environnement propice aux viols et aux violences sexuelles dans lequel prévalent des pratiques tendant à tolérer, excuser, voire approuver le viol.

C’est également l’adhésion d’une société à de nombreux mythes sur le viol définis comme des "attitudes et croyances généralement fausses, mais répandues et persistantes, permettant de nier et de justifier l’agression sexuelle masculine contre les femmes".

La culture du viol, c’est lorsqu’une personne à qui vous parlez des viols que vous avez subi vous demande avec un naturel désarmant s’il s’agissait de "vrais viols", insinuant ainsi qu’il y aurait des catégories de viol qui n’en seraient pas vraiment, probablement ceux qui sont commis sans violence physique, dans un cercle amical et familial, c’est-à-dire la grande majorité des viols…

La culture du viol, c’est le blâme des victimes, qui l’auraient un peu cherché en provoquant, ou qui n’auraient pas su se défendre, ni prendre assez de précautions pour éviter le viol. "Elle n’aurait jamais dû le suivre seule chez lui, elle n’aurait pas dû avoir cette attitude provocante, elle n’aurait pas dû flirter avec lui ", etc.

La culture du viol, c’est lorsque l’on soupçonne a priori les victimes de mentir, et qu’on leur demande de prouver qu’elles n’étaient pas consentantes.

La culture du viol, c’est penser que le viol c’est de la sexualité et non de la violence, et estimer, comme 63% de la population française, qu’il est plus difficile pour les hommes de maîtriser leurs pulsions sexuelles.

Toujours prendre en compte la notion de contrainte

Entretenir la confusion entre ce qui relève de l’amour ou du désir et un crime comme le viol n’est pas anodin, c’est une manière de dissimuler une forme de violence extrêmement répandue, qui touche avant tout les enfants et les femmes et se déchaîne partout, dans toutes les couches de la société, dans l’espace public — considéré par 1 Français sur 2 (55%) comme l’espace le plus à risque —, mais plus encore au sein de la famille et du couple [1].

C’est maintenir un flou artistique sur la notion de consentement, un flou permettant d’affirmer qu’une jeune fille de 14 ans était consentante pour avoir des rapports sexuels avec un adulte et être séquestrée par lui, fût-il une rock star, qu’une jeune femme était consentante pour être filmée, dans un état second, alors que deux hommes la pénétraient avec des objets, etc.

Sans jamais prendre en compte la notion de contrainte que l’on retrouve dans la loi, contrainte qui peut être physique mais aussi morale. Le consentement est invalidé s’il n’est pas libre et éclairé : céder n’est pas consentir — et consentir, ou affirmer après coup avoir consenti, à des actes de violence extrême n’invalide pas la violence et l’atteinte à la dignité humaine que représentent ces actes.

Je peux consentir à être tuée ou mutilée, ce n’est pas pour autant que mon consentement autorise quiconque à passer à l’acte. Ces actes restent des crimes punis par la loi, le fait que je pense y consentir n’y change rien.

Les Français plus prompts à mettre en cause la victime que l'agresseur

En France, jusqu’à aujourd’hui, l’adhésion aux mythes et fausses représentations véhiculés par la culture du viol n’avait jamais fait l’objet d’études, c’est chose faite avec l’enquête "Les Français et les représentations sur le viol".

Cette enquête démontre qu’une grande part de la population française est prompte à déresponsabiliser les violeurs et à adhérer à des représentations sexistes. Cela est dû à la société inégalitaire dans laquelle nous vivons, mais aussi à une méconnaissance flagrante de la loi et de la réalité des violences sexuelles.

Un Français sur cinq considère que "lorsque l’on essaye d’avoir une relation sexuelle avec elles, beaucoup de femmes disent “non” mais ça veut dire 'oui'" et un répondant sur 5 estime que "lors d’une relation sexuelle, les femmes peuvent prendre du plaisir à êtres forcées".

Ces représentations sont des symptômes d’une société dans laquelle les hommes sont socialisés à soumettre et les femmes à céder. Et c’est ainsi que le contrôle est appliqué aux femmes et non aux hommes. Plutôt que d’apprendre aux hommes à ne pas violer, on enseigne aux femmes à ne pas êtres violées, attendant d’elles un auto-contrôle de leur corps et de leurs comportements sociaux ou sexuels, toute faillite de cet auto-contrôle entraînant une minimisation de la responsabilité du violeur.

41% des Français considèrent que si l’on se défend, on peut faire fuir son violeur

Ainsi, 40% des Français estiment que la responsabilité du violeur est atténuée si la victime a eu une attitude provocante en public, ils sont presque autant (38%) à déresponsabiliser l’agresseur dès lors que la victime a flirté avec lui, et 15% d’entre eux jugent que les femmes qui acceptent de se rendre seules chez un inconnu sont en partie responsables de leur viol.

Il se trouve toujours quelqu’un pour dire à une victime de viol qu’elle l’a bien cherché, qu’elle aurait du faire ci, ou ça, ne pas boire, ne pas sortir à cette heure-là, ne pas se comporter ainsi, s’habiller comme cela, que ce n’est pas possible qu’elle ait été violée parce qu’elle était trop vieille, trop laide, etc.

La liste des reproches auxquels une victime de violences sexuelles peut être confrontée au cours de sa vie est longue, et ces reproches se retrouvent partout, dans la bouche des amis, de la famille, des médecins, des policiers, ils s’étalent dans les médias, dans les films, dans les romans…

Et tout comme Catherine Millet, qui pense "que, voilà, tant qu’un homme n’est pas muni d’une arme, d’un couteau ou d’un revolver, une femme peut toujours se défendre" , 41% des Français considèrent que si l’on se défend vraiment autant que l’on peut, on peut faire fuir son violeur.

Ils sont également 25% à estimer que "lorsque l’on respecte certaines règles simples de précaution, on n’a quasiment aucun risque d’être victime de viol".

Le viol d'une femme dans une ruelle sombre, c'est surtout dans les téléfilms

Dès lors, il n’est pas étonnant qu’une victime puisse se sentir coupable, penser qu’elle a pris des risques et qu’elle n’a pas la légitimité suffisante pour porter plainte, ou que, si elle ne se souvient pas bien de ce qui s’est passé, ce n’est pas dû à son état de stress post-traumatique mais au fait que finalement, ce qu’elle a subi n’était peut-être pas un viol.

Car le viol "parfait", celui qui hante l’imaginaire collectif de nos sociétés patriarcales, c’est le viol d’une jeune femme, par un inconnu, de préférence armé, dans une ruelle sombre, de préférence la nuit.

Or, ce type de contexte n’est récurrent que dans les mauvais téléfilms. Dans la réalité, ce sont les enfants qui courent le plus de risque de subir des violences sexuelles et c’est au sein de la famille que ce risque est le plus élevé.

La solitude et le silence des victimes

Les nombreuses victimes de violences sexuelles dont l’agression ne correspond pas, de près ou de loin, au viol "parfait" défini plus haut, sont escamotées, oubliées, abandonnées.

Celles qui étaient mineures, âgées, handicapées, celles qui n’ont pas pu dire non parce qu’elles étaient sous emprise, celles dont l’agresseur était leur conjoint, une femme ou un mineur, celles qui ont développé une amnésie traumatique, celles qui ont été violées par pénétration digitale ou orale, celles qui étaient en situation prostitutionnelle, celles qui étaient des personnes trans, celles qui étaient de sexe masculin, et toutes les autres, la liste est longue de celles qui si souvent se taisent.

Ce ne sont pas elles qui se murent dans le silence, c’est la société qui les y enferme.

Personne ne veut savoir ce qu’elles ont subi, et si elles osent en parler, on leur renvoie le plus souvent que c’est peut-être de leur faute. C’est une façon comme une autre pour ceux qui sont dans le déni de se sentir en sécurité ; si la faute est imputable aux victimes, si elles n’ont pas fait ce qu’il fallait faire, alors ils peuvent se sentir en sécurité parce qu’ils sauront, eux, comment ne pas se retrouver dans une telle situation.

Ce déni instaure l'impunité des agresseurs

Dès lors, toutes ces victimes seront régulièrement blâmées.

Il leur est déjà difficile de faire des démarches pour obtenir d’être protégées, que justice leur soit rendue, d’être prises en charge médicalement, mais en plus, une grande partie des professionnels qu’elles croisent lors de ces démarches leur font la morale, parasités qu’ils sont par la culture du viol.

Et ce déni instaure l’impunité des agresseurs : l’absence de reconnaissance de la réalité de ce qu’ont pu subir les victimes, les stéréotypes sexistes, la confusion entre violence sexuelle et sexualité, l’ignorance de ce que sont les violences sexuelles, de leur définition légale, de leur fréquence, de leurs conséquences, de qui en sont les auteurs, de leur stratégie, de leur intentionnalité, et de la violence extrême subie par les victimes, concourent à créer une véritable omerta qui profite aux agresseurs et organise l’abandon des victimes — qui se retrouvent trop souvent seules, sans bénéficier de soins, de soutien ou de justice.

[1] Lorsque la victime est mineure les violences sexuelles ont lieu au sein de la sphère familiale dans 53% des cas contre 16% dans l’espace public, lorsqu’elle est majeure elles ont lieu au sein du couple dans 58% des cas, contre 31% dans l’espace public.

Source : Enquête Impact des violences sexuelles de l’enfance à l’âge adulte, Mémoire Traumatique et Victimologie, 2015.

 

 

 

 

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